Le beulemans, un créole savoureux

Même si le beulemans est un créole (flamand de Bruxelles / français de Belgique), il fait partie des ‘dialectes de Belgique’ et à ce titre reprend à son compte des altérations de phonèmes et des expressions, caractéristique générale des belgicismes plus que des bruxellismes spécifiques. La plupart des ouvrages destinés au grand-public (dictionnaires, cours, etc.) ne détaillent que partiellement ce qu’est le beulemans du point de vue linguistique. Citons en deux:         

  • Georges Lebouc : Le bruxellois en 70 leçons

  • Le Bruxellois de poche, Coll. "Assimil Evasion"

Si vous cherchez des exemples d'une plus haute tenue littéraire pour apprécier cette langue si savoureuse et si croustillante de notre capitale, celle que les Français appellent à tort "le parler belge", je vous en conseillerais deux:  

  • Le chapitre consacré aux fables de Joske Maelbeek, publiées dans "Le Best Tof" (2013) et "Du côté de chez Zwanze" (2014) publiés chez 180° Editions

  • Le "Regard amoureux sur le parler bruxellois" (2014) de Jean-Pierre vanden Branden, publié aux Editions de l'arbre.

 

Ceci dit, la référence absolue sur le sujet demeure l'ouvrage de recherche universitaire publié à l'ULB, en 1971,intitulée: "Le français régional de Bruxelles, de Hugo Baetens Beardsmore[1]):

  • « Le parler ‘beulemans ‘ de la pièce de Fonson & Wicheler montrait la façon de parler de la petite bourgeoisie d’avant la première guerre mondiale. Les caractéristiques à remarquer dans cette pièce sont dans une grande mesure présentes de nos jours, dans le parler des bilingues du peuple, tandis que la petite bourgeoisie (en général) parle un français déjà épuré »,

Comme pour tous les créoles, les altérations principales par rapport à la langue de référence, le français normatif ici, en constituent le fondement.

 

 Jean-Jacques De Gheyndt.
"Pour la Science et pour la Zwanze" ©


[1]Hugo Baetens Beardsmore: Le français régional de Bruxelles. (Université Libre de Bruxelles, Institut de Phonétique, Conférences et Travaux, volume 3). Presses Universitaires de Bruxelles, 1971, p.51.

[2]     Les 3 Mousquetaires – Toone

Caractéristiques du beulemans

Comme pour tous les créoles, les altérations par rapport à la langue de référence, le français normatif ici, en constituent le fondement :             

  1. Altérations des PHONEMES (le son utilisé pour prononcer une lettre ou une diphtongue)

  2. Altérations dans l’ACCENTUATION

  3. Altérations dans la MELODIE

  4. Mots flamands ou locutions complètes, repris tels quels

  5. Traduction mot à mot de locutions flamandes

  6. Confusion du "tu" et du "vous"

  7. Répétitions en cascades

 

Ajoutez à cela une bonne dose de mots ou de locutions flamandes et vous obtenez le beulemans. Les chiffres en fin de ligne correspondent aux caractéristiques énumérées ci-avant:

  • Ostracis’m ? Ostracis’m ? Ouïe que je n’AIM’ pas ce gharçon !            1, 2, 3

  • Tu deviens peike, tu sais, kameroet !                                                             4

  • "Arrière, ignoble creatuur / Of ghe vliegt mè ae kop tèghe de muur"[2])        4

  • Tiens wouéïh, ça est mon père sa voiture !                                                   5

  • Non, peut-être ?                                                                                              5

  • Ne remett jamais à demain le verre que tu sais boire ojord’hui !                  6

  • Ça pouvait pas continuwer, rester, durer plus longtemps hein fieu !            7

 

 Jean-Jacques De Gheyndt.
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Tout cela est détaillé dans le livre "Schieven Architek" !

 

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Le Corbeau et le Renard

Pourquoi le cacher … l'exercice d'une fable en beulemans m'a tenté; rien de plus naturel pour le débutant que de pasticher "Le corbeau et le renard" ! Le lecteur ne m'en voudra donc pas trop de cette version en vers libres :

Maître Corbauw, sur un buëmmeke geperscheïd,
Tenait dans son bèk un ettekeïs
Maître Renar’, par l’odeur verbabbereïrd,
Vint coser dans le Corbauw son bleïs:
Jaande, wa ne chikke peï! Sans stouffer,
Si ton klap ressemble à ton gileï,
Dans la rue de Stassart
Tu doi’ ïet un vrai castard !
A ces mo’, le Corbauw senti direct pèteï le bouton de la chemïes son col !
Et pour fair’ entent’ son bel orghan,
Ouvrit un four comme pour tout’ les Marolles,
Laissant – clèt – tomber son boterham !
Slüepe Jeuf la scheïr tout’ d’swit :
Awel … ‘k em aa ligge’, heinè , Pirrewiët?
Dorénavant, de tous les flââve, te méfïe,
Paske , mwa, avec ton keïs, je suis schampavië !
Le Corbauw jura, ara ! Es ma da ne stüet !
Mais mwa, d’un tel schacheleir, j’serai plus jamais le klüet !

 

 Jean-Jacques De Gheyndt.
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