"Douf" entre au "Petit Robert" 2020

Le Petit Robert, édition 2020 reprend notre magnifique mot "douf" (dans l'acception "chaud et lourd"), ensemble avec "Covid", "déconfinement" et "sexto". Voilà qui ferait plaisir à celui que l'on s'obstine à nommer "Le Petit Julien" (alors qu'il s'agit de 2 fontaines différentes, à une rue d'intervalle).

Qu'à cela ne tienne ! Dans sa tenue de vacancier de Bredene "qui vient de fermer sa plage naturiste pour 1 an (sic !)", Menneke-Pis peut poursuivre son activité millénaire (ou presque) en s'exclamant : Amaï, qu'est-ce qui fait douf, ici !

Jean-Jacques 

En illustration : Manneken-Pis censuré sur les boîtes de Monopoly "Made in USA"

L'Iguanodon'tche et la Tyrannozuur (JJD-2015-2019)

Les auteurs qui publient en beulemans (ou bruxellois français), tels Virgile, Jean d’Osta ou Joske Maelbeek, pastichent volontiers Jean de La Fontaine. L'exercice d'une fable en beulemans m'a tenté très tôt (2000) ; rien de plus naturel, pour le débutant, que de pasticher « Le corbeau et le renard » ! Quinze ans plus tard, je me suis amusé à parodier « La cigale et la fourmi », dans un contexte tout à fait original, celui des dinosaures : L'Iguanodon'tche et la Tyrannozuur.

L’iguanodon est un dinosaure herbivore du Crétacé inférieur (-146 à -100 Ma) dont les spécimens les plus connus ont été découverts, en 1878, dans la mine de Bernissart, en Belgique, près de la frontière française. Cette collection, unique au monde, est visible au Muséum des Sciences naturelles de Belgique, à Bruxelles. Par contre, le Tyrannosaure est un dinosaure carnivore de l’Amérique du Nord, ayant vécu à la fin du Crétacé (-72 à -66 Ma). Ces deux animaux n’ont donc jamais pu se côtoyer. De même, l’assertion "Et toujours pas d'herb', ça n'a pas encore été inventé" est une pure licence poétique : en effet, un article de la revue Science (18.11.2005) note la présence de graminées (dont fait partie l’herbe) dans les coprolithes (excréments fossilisés) de grands dinosaures herbivores, à la fin du Crétacé, dans ce qui est aujourd’hui l’Inde. De même, parler de "dents de lait" pour un dinosaure est une contradictio in terminis !

Mais que ces considérations par trop sérieuses ne nous privent pas du plaisir de la zwanze !

Le beulemans, une savoureuse langue mixte

Même si le beulemans est un créole (flamand de Bruxelles / français de Belgique), il fait partie des ‘dialectes de Belgique’ et à ce titre reprend à son compte des altérations de phonèmes et des expressions, caractéristique générale des belgicismes plus que des bruxellismes spécifiques. La plupart des ouvrages destinés au grand-public (dictionnaires, cours, etc.) ne détaillent que partiellement ce qu’est le beulemans du point de vue linguistique. Citons en deux:         

  • Georges Lebouc : Le bruxellois en 70 leçons

  • Le Bruxellois de poche, Coll. "Assimil Evasion"

Si vous cherchez des exemples d'une plus haute tenue littéraire pour apprécier cette langue si savoureuse et si croustillante de notre capitale, celle que les Français appellent à tort "le parler belge", je vous en conseillerais deux:  

  • Le chapitre consacré aux fables de Joske Maelbeek, publiées dans "Le Best Tof" (2013) et "Du côté de chez Zwanze" (2014) publiés chez 180° Editions

  • Le "Regard amoureux sur le parler bruxellois" (2014) de Jean-Pierre vanden Branden, publié aux Editions de l'arbre.

 

Ceci dit, la référence absolue sur le sujet demeure l'ouvrage de recherche universitaire publié à l'ULB, en 1971,intitulée: "Le français régional de Bruxelles, de Hugo Baetens Beardsmore[1]):

  • « Le parler ‘beulemans ‘ de la pièce de Fonson & Wicheler montrait la façon de parler de la petite bourgeoisie d’avant la première guerre mondiale. Les caractéristiques à remarquer dans cette pièce sont dans une grande mesure présentes de nos jours, dans le parler des bilingues du peuple, tandis que la petite bourgeoisie (en général) parle un français déjà épuré »,

Comme pour tous les créoles, les altérations principales par rapport à la langue de référence, le français normatif ici, en constituent le fondement.

 

 Jean-Jacques De Gheyndt.
"Pour la Science et pour la Zwanze" ©


[1]Hugo Baetens Beardsmore: Le français régional de Bruxelles. (Université Libre de Bruxelles, Institut de Phonétique, Conférences et Travaux, volume 3). Presses Universitaires de Bruxelles, 1971, p.51.

[2]     Les 3 Mousquetaires – Toone

Caractéristiques du beulemans

Comme pour tous les créoles, les altérations par rapport à la langue de référence, le français normatif ici, en constituent le fondement :             

  1. Altérations des PHONEMES (le son utilisé pour prononcer une lettre ou une diphtongue)

  2. Altérations dans l’ACCENTUATION

  3. Altérations dans la MELODIE

  4. Mots flamands ou locutions complètes, repris tels quels

  5. Traduction mot à mot de locutions flamandes

  6. Confusion du "tu" et du "vous"

  7. Répétitions en cascades

 

Ajoutez à cela une bonne dose de mots ou de locutions flamandes et vous obtenez le beulemans. Les chiffres en fin de ligne correspondent aux caractéristiques énumérées ci-avant:

  • Ostracis’m ? Ostracis’m ? Ouïe que je n’AIM’ pas ce gharçon !            1, 2, 3

  • Tu deviens peike, tu sais, kameroet !                                                             4

  • "Arrière, ignoble creatuur / Of ghe vliegt mè ae kop tèghe de muur"[2])        4

  • Tiens wouéïh, ça est mon père sa voiture !                                                   5

  • Non, peut-être ?                                                                                              5

  • Ne remett jamais à demain le verre que tu sais boire ojord’hui !                  6

  • Ça pouvait pas continuwer, rester, durer plus longtemps hein fieu !            7

 

 Jean-Jacques De Gheyndt.
"Pour la Science et pour la Zwanze" ©

Tout cela est détaillé dans le livre "Schieven Architek" !

 

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Jean-Jacques De Gheyndt.
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Le Corbeau et le Renard

Pourquoi le cacher … l'exercice d'une fable en beulemans m'a tenté; rien de plus naturel pour le débutant que de pasticher "Le corbeau et le renard" ! Le lecteur ne m'en voudra donc pas trop de cette version en vers libres :

Maître Corbauw, sur un buëmmeke geperscheïd,
Tenait dans son bèk un ettekeïs
Maître Renar’, par l’odeur verbabbereïrd,
Vint coser dans le Corbauw son bleïs:
Jaande, wa ne chikke peï! Sans stouffer,
Si ton klap ressemble à ton gileï,
Dans la rue de Stassart
Tu doi’ ïet un vrai castard !
A ces mo’, le Corbauw senti direct pèteï le bouton de la chemïes son col !
Et pour fair’ entent’ son bel orghan,
Ouvrit un four comme pour tout’ les Marolles,
Laissant – clèt – tomber son boterham !
Slüepe Jeuf la scheïr tout’ d’swit :
Awel … ‘k em aa ligge’, heinè , Pirrewiët?
Dorénavant, de tous les flââve, te méfïe,
Paske , mwa, avec ton keïs, je suis schampavië !
Le Corbauw jura, ara ! Es ma da ne stüet !
Mais mwa, d’un tel schacheleir, j’serai plus jamais le klüet !

 

 Jean-Jacques De Gheyndt.
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