Du vloms au beulemans: une continuité historique

Que Bruxelles était une ville flamande – en fait brabançonne – au Moyen-âge et qu'elle est aujourd'hui essentiellement francophone [1] ne devrait pas, a priori, constituer objet de polémique. Le positionnement géographique de Bruxelles, enclave bilingue en territoire flamand et le choix diamétralement opposé de leur ville-capitale par les deux Communautés de notre pays montrent bien que l'approche est plus complexe. Mais le désaccord porte plus sur le statut actuel que sur la manière dont il s'est construit: l'évolution linguistique de Bruxelles intéresse l'historien et le grammairien, beaucoup moins le Bruxellois moyen.

Quand et comment cette transition linguistique s'est-elle opérée ? Quelles en sont les conditions socio-économiques ? Quelles en sont les étapes intermédiaires telle la création de ce savoureux parler local qu'est le beulemans, cet improbable marollien mélange surréaliste de français, de wallon et de vloms, ou encore cet étonnant retour du berger à la bergère que représente le verbeulemans, étape ultime d'un flamand local qui se gorge de français et qui refuse d'en reconnaitre la saveur ?

 

De nombreux articles et ouvrages traitent du passage progressif de l'usage exclusif du ditsch (dialecte flamando-brabançon), à la prédominance de la langue française, créant ainsi ce savoureux créole local : le beulemans.

Les études publiées lors du millénaire de Bruxelles, en 1979, ont parfois donné lieu à interprétation. Ainsi, une satire de la fin du XVIe, écrite en ditsch mentionne des marchands wallons sur le marché de Bruxelles; présence maraichère signifie-t-elle pour autant implantation durable et impact linguistique ?

Pour d'aucuns, Bruxelles serait francophone depuis le XVe siècle, lorsque Philippe le Bon transforma une ville de province en capitale des Etats Bourguignons. Mais si le Prince et sa cour sont francophones, la (haute) bourgeoisie pas encore et le peuple encore moins.

L’image est totalement différente si l’on s’attache aux ordonnances de la Ville ou aux documents notariés. Il apparaît alors très nettement que Bruxelles est une ville de citoyens flamands, s’exprimant et écrivant dans ce dialecte brabançon qu'ils appelèrent eux-mêmes plus tard 'vloms'.

L'arrivée des Français fin XVIIIe signe la francisation totale du pays, au double niveau législatif et judiciaire. Le Traité de Vienne bascule le pays dans l'excès contraire, avec l'incorporation de nos régions au sein du Royaume unifié des Pays-Bas, en 1815. La révolution de 1830 renvoie le balancier dans la suprématie du français. 

La petite bourgeoisie des villes s'adapte et c'est ainsi que la seconde moitié du XIXe signe ainsi la naissance du 'beulemans', un créole de transition du 'vloms' vers le français normatif, mélangeant structure de phrase flamande avec mots français ou traduisant mot-à-mot des expressions idiomatiques  dialectales.

 Deux axes interprétatifs expliquent cette transition:

  1. Un fait de société: "C’est un savant mélange de français et de flamand né de la déformation du français utilisé par les bruxellois bilingues issus de souche flamande et gardant le mode de pensée de leur langue maternelle."             

  2. Un fait politique: "La politique agressive de francisation menée jusqu’à la Seconde Guerre mondiale [est] soutenue d’ailleurs officiellement par l’Eglise (les Evêques déclarent en 1906 une école flamande «impensable», par assimilation de la langue avec la religion des Hollandais !)"

C'est pourtant là le berceau de ce beulemans si savoureux qui fait les délices de nombreux nostalgiques d'un temps révolu. Le beulemans et les dialectes s'effacent au profit de la langue normative. Rappelons  que chaque langue qui meurt emporte avec elle un fragment de l'humanité.

 

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Jean-Jacques De Gheyndt.
"Pour la Science et pour la Zwanze" ©

 


[1]     On oubliera ici le très récent mais spectaculaire accroissement de population en provenance des quatre  coins de l'espace économique européen, de l'ancienne Europe de l'Est et du monde entier, ainsi que l'importance du globish, (mot-valise combinant global et English), version simplifiée de l'anglais qui fait le désespoir des véritables anglophone, n'utilise qu'environ 1.500 mots et constitue le jargon international.

Tout cela est détaillé dans le livre "Schieven Architek" !

 

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