Le dialecte flamand de Bruxelles

Le brussels vloms est un dialecte flamand, mâtiné d'archaïsmes (reliquats de déclinai-sons), truffé de français, gorgé d'expressions colorées et savoureuses. À titre d'exemple, écoutons cette étonnante relation d'un accident de tram survenue à un quidam pressé de prendre le train en Gare du Midi:

Den tram circuleidege in volle vitesse in de rue Ducale en longeidege den Palais du Roi in de direkse van de Parc de Bruxelles. Gekomme on de Place des Palais freineidege de conducteur vi zânen tournant te pakke no de Place Royale. Mo seulement den tram derailleidege en in ploch van de virâch no links te beginne es hem en ligne droite vouch gereye. Rèsultat final: den tram es op den trottoir van de Place des Palais gekloumme en mè zânen avant teige de grile van den Parc de Bruxelles gebloucht. Par chance es er neemand geblesseid geweist. En echt miroekel ! Mo domei hem ek mânen train on de Midi gerateid !


De ce texte il apparaît que le brussels vloms n’est ni du néerlandais ni du beulemans, et présente une série de caractéristiques propres

Le brussels vloms n’est pas du néerlandais

Il y a quelques décennies, le néerlandais apparaissait aux habitants des Marolles comme une langue étrangère, bien plus que le français qu'ils pratiquaient souvent avec plus de saveur que de bonheur. Ainsi, un médecin m'a rapporté ce dialogue au-thentique qu'il eut en tant que stagiaire à la garde de l’hôpital St Pierre, rue Haute, fin des années '50. Le médecin souhaitant interroger son patient à propos d'éventuels maux de tête lui demanda: (nl.) Hebt u pijn aan uw hoofd ? Interloqué, ce dernier lui répondit: (bv.) Nie Menier den Doctaur, mo ‘k em wel zier on manne kop ! Les sens sont identiques, mais les mots diffèrent suffisamment pour créer un dialogue de sourd, car le néerlandais standard est 'langue étrangère' pour les deux parties !

La littérature en brussels vloms

Le brussels vloms, comme la plupart des dialectes, est avant tout une langue parlée. Les chansons, les zwanzes, les expressions osées ou provoquantes s'échangeaient oralement et se transmettaient de bouche de vieux Bruxellois à oreille de ketje des Marolles. Nonobstant, la littérature dialectale en brussels vloms est au moins aussi ancienne que celle en beulemans. Elle est toutefois totalement sortie des mémoires.

Un texte du 19e siècle est d'une hilarité sans borne. Il porte le titre "D'istore van Goffra de Boejon, Verteltjsch deu 'ne platten Brusseleer (Brussel)", que l'on peut traduire par: "L'histoire de Godefroid de Bouillon racontée, en dialecte, par un vrai Bruxellois (Bruxelles)". Ce texte rapporte, en une superbe zwanze, les exploits de Godefroid de Bouillon dont la statue vient d'être érigée sur la Place Royale:
 
As en ie na eenigen taaid te Brussel rond gezwaainschjeld aa, kreeg en in zennen bol van ischj  'nen bēēweg te doen ; mo ginnen bēēweg noe Alle och Scherpeneuvel, mo da nog al noe Jerusalem, oem de Teurken ne ki gon goed af te beusttele. Ge moetjsch ni paze, zelle, dat er em doe iemand e strooitjschje in zenne weg geleed a ; in 't géél niet ; mo Goffra de Boejon was bekendjsch veu 'nen eeste vechter, 't was zelfs en betjschje 'ne ruzemoeker.
Op 'ne slag en oemzien a em wel onderd duzed boere bij een getroemmeld, oem mè jem mēē te goen. Goffra moes ni van zin zaain van ga wēē te komme, want ie dat en vertrok, verkocht en zen uis, zetjschje zen meubelen in den roep, zen oorringe en zen arloge in den berg ,en kocht op den aa met al d'aa soebels, baaile, pistole, gar-civikke-gewere, beroesterde kanongs, lansen en pieken op, en woepende doemēē ze volk.

C'est-à-dire,

Après avoir erré de-ci de-là pendant un moment, il se mit en tête de partir en pèlerinage ; pas un pèlerinage à Halle ou à Scherpeneuvel, non, mais bien à Jérusalem, afin de flanquer une bonne raclée aux Turcs. Il ne faut pas croire que quelqu'un lui y avait cherché querelle ; absolument pas ; mais Godefroid de Bouillon était connu comme un grand batailleur, c'était même un querelleur de première. 
En deux temps trois mouvements il avait rassemblé une centaine de milliers de paysans pour l'accompagner. Godefroid n'avait probablement pas l'intention de rentrer chez lui de sitôt, parce qu'avant de partir il vendit sa maison, mis ses meubles à la criée [Ndlr: en vente publique], déposa ses boucles d'oreille et sa montre chez Matante [Ndlr: surnom du Mont-de-Piété], et acheta au vieux marché des sabres, des haches, des pistolets, des fusils de la Garde Civique, des canons rouillés, des lances et des piques, et en arma toute sa troupe.

On perçoit bien toute la gouaille populaire lorsqu'elle récrit l'histoire avec un grand H ; c'est ce type de littérature qui a fait le bonheur de tant de Marolliens chez Toone, mais aussi des beaux Messieurs et des belles Dames qui venaient s'y encanailler.

Tout cela est détaillé dans le livre "Schieven Architek" !

 

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Jean-Jacques De Gheyndt.
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