De quoi parlons-nous?

Le "marollien" est de loin celui de nos parlers qui suscite le plus de débats, le plus de définitions contradictoires, le plus de déclarations "patriotiques" concernant le "vrai bruxellois". Cet état de fait n'est pas dû à l'antique rivalité entre Marolliens et Molenbeekois par exemple, ou aux différences objectives entre les accents du centre de la ville et les communes périphériques; les différents auteurs de littérature bruxelloise se revendiquent volontiers de pratiquer le marollien alors même que leur écriture, leur langue diffère du tout au tout.

Dans les années '80 (1980), Marcel de Schrijver, auteur et co-auteur de nombreux ouvrages sur le brussels vloms, insiste sur la variété des phonèmes:

" J'appartiens à l'Academie van het brussels. Et je peux vous dire qu'il n'y a pas de bruxellois marollien. C'est la même langue avec des prononciations différentes d'un quartier à l'autre. «Strotje» de Bruxelles devient «Stroot» à Jette ou «Stroet» à Molenbeek. Mon ouvrage n'est pas un «Larousse». C'est un recueil du dialecte bruxellois vivant."

 

Dans les années '50, Jacques Pohl (1909-1993), Professeur à l'ISTI et à l'ULB et auteur d'une thèse de doctorat intitulée "Témoignages sur les parlers français de Belgique" nous donne une description plus globale:

" Demandez à dix Bruxellois ce qu’est le ‘marollien’ et vous obtiendrez dix réponses différentes. Pour celui-ci, c’est le français corrompu par le flamand, que l’on parle dans le quartier des Marolles (…), pour un autre, du flamand francisé. Un troisième vous dira que c’est le français populaire de toute la ville, etc. Et pourtant, le marollien, chose exceptionnelle, est une langue double. Il n’est pas à vrai dire, entre le germanique et le français, il est à la fois l’un et l’autre."

 

Dans les années '20, Roger Kervyn de Marcke ten Driessche (1896-1965), auteur bien connu des Fables de Pitje Schramouille pratique un marollien totalement différent de ceux qui précèdent, une langue qu'il qualifie d'argot [1]:

" Alors, mon argot ? Celui de Coco Lulu, bourré d'archaïsme, celui des Aventures merveilleuses de Jef Krollekop, publiées par le Sifflet et auxquelles l'envahissement de 1914 mit le point final."

 



[1]     Nous ne partageons pas cette définition et revoyons le lecteur au chapitre 1 de notre futur livre "Pour la Science et pour la Zwanze".

Tout cela est détaillé dans le livre "Schieven Architek" !

 

 

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Jean-Jacques De Gheyndt.
"Pour la Science et pour la Zwanze" ©

 

Chansonnette sus les walebakes qu'étions a l'bal d'el théather

Jefke Le Marolien
Chansonnette sus les walebakes qu'étions a l'bal d'el théather
Chantée par Désiré Brismée
Paroles de M. Pièreque-Schole
Musique de M. Mezuledenzine

Merci à Patrick Verbeke er son blog Facebook "Brusselses zwanzes en leekes"
Patrick Verbeke a publié dans Brusselses zwanzes en leekes

Refrain

Léopold étant en ce lieu,  
Était z'un très-bon-fieu     
Tant qu'il régal'ra ma foi ;
Nous crirons : vive le Roi

(Parlé) Iean vermille, Luppe viens t'une fois racouter l'strek tout quoisque j'ai vis à l'grand'comédie mercredi soir.- T'as t'été à l'grand thériater del monnaie, vous ? -Allons non que jé dis : Wanus m'beau frère qu'a des connaissances avec l'maîter des machinisters, y m'avait venu chercher pou donner un' antje à l'inhulmination d'el salle ; et comme avait dit z'à l'mison qu'y m'f'rait voir l' bastrinque à ous que lé roi devait faire des flikers et danser l' garlop infernal avec l' Reine et tout s'n état major, j' suis de suite el audseur couru en battant des ailes de pigeons et en chantant :

Refrain

Léopold étant en ce lieu,
Était z'un très-bon-fieu
Tant qu'il régal'ra ma foi ;
Nous crirons : vive le Roi

La lumière dans l' salle est allumée
Que déjà l'on voit z'à l'entrée,
S'avancer un grand galouf ;
C'est un stouffer, qui vient sus l' basouf !
De sloukers qué fameuse escorte,
Qui déjà se cognonss à l' porte, Y en a si tant que sa fait peur,
Tous n'y s'rons pas avant doure heures.

(parlé) Potferdeke ! Qué régiment de lastegue renten j' vois arriver un tas de stouffers qui étiontent habillés comme l' cocher d'el charrette des mourus et des couières qui fésont l' geare avec leux kalichze kop plein de boquets de fleurs comme l'boutaniken hof. Y veniontent n à si tant beaucoup de rare voguels que c'était bientôt une boutique de tous les diables. Y se bouscoulionte les uns les autr's pou êtr' el permier dans l' salle. Une vielle baronnesse qu'avait s' perrique perdu dans l' gessleur, avait à s' n' homme demandé s' noire bonnet de soie qu'il avait avait avec apporté pourel mettr' sous s' bibi en s 'en ertournant. Elle avait comme ça des dissemblances avec Pitche Prinkère quand y coure Arlaquin sus l' carnaval avec s' particulière Zeuze Boskolche d'el rue d' Rasière. Un aiter qu'avait s' femme perdi y criait partout : Ntche, Netche Stry-yser, poudoume t'entends donc pas que j' t'appelle. Tu fais godferdeke toujours des floesques quand t' cosintche est avec ...Jé té perds toujours, mais maintenant que ça t'arrive pu, s' tu, pasceque j' te flanquerai une bonne bintche de schôle sur t' visage. - Un troisième, que s' fille l'avait joué perdi faisait des lamentations van m' chère, une auter Madame criait que c'était tous des capoune, qu'on luio avait pincée par dessous s' dos … dans s'gaïol ; y voulions faire labesua sans doute. Enfin c'était un train que j'étais podore tout verstoutmakét. Mais quand y z'tions dans la salle, c'est là qu'y jouainte sus leux patte : y se mettons tous à crier : Nous voulons chiquer. - Vivre l' socheté, qu'on nous donne not' venter tout plein, c'est l' Roi qui paie. - Eh. Allons donc que j' dis.

Refrain

Léopold étant en ce lieu,
Était z'un très-bon-fieu
Tant qu'il régal'ra ma foi ;
Nous crirons : vive le Roi

En voyant comme tous y se presse,
D'goberles vivers avec vitesse ;
Les scheupers baguanet-croizer,
Qui sont autour des betches placés.
Y d'vions montrer tous leur courage,
Pour empêcher un grand carnage,
Car tous ces bouffeurs affamés,
N'avait sans doute pas déjeunés.

(parlé) Y tombaentent sus c' pauvr' chicaille comme l' carscade du Néemeule. Les offeceirs avaient beau leur y dire : Wel wagt begot, c'est co pas le temps. Y répondaient : c'est Léapold qu'a dit qu'on peut chiquer tout c' qu'on peut attraper, et y suçaentent n'à l' champagne comme de véritable sangsûres. Un gros gaillard qu'avait s' dent réguisé sus l' mangé, et qui pouvait pas arriver à l' buffette disait à tout l' monde qu'étais à l'entour de lui, en pleurant comme en luys : est-ce que c'est pas malheureusse mosieu, qué je dois s'attende comme ça pou un tout p'tit peu. Y sont là godore stampés d' sus l' buffette et y z'avalonte tout l' kikape, l' bloempynche et l' potage à belouff à eux seuls les sloukers qui sont. - Passez-moi z'en untout p'tit peu, j'ai co pas mang' d'hier soir et j' sens que j' vas tomber kwoelek subite. D' autr's qu'avions non plus pas pu rattraper à chiquer, criaient tout faché : Allo fourt pour un bal comme çà ! J' vas pustôt à m' mison. L' roi n'est qu'un orangiste, qu'a l'air de mépriser les ceusses de les bourgeois, et y a personne qui peut ça en bas striever. Mais on pourrait bien l' faire r'pentir de c' qui nous donne pas à manger. Les poumpeirs laissaentent prendre enfin tout c' qu'on voulait. Oie, oie, ça t'aurait dû voir, y commençons alors un pillage, comme l' mison de Meeus, dans l'révolution. Y jettaient les boutelles que l' wyn coulaient comme l' spau à l' porte d'Anderlecht qui coure dans l' soevel-zinneke, et y se flanquaient les sauces par dessus leux noir pattes kazakes, qu'y luisiontent comme l' robe de rastine de poeter klacht-af. Tout à coup on fait retendr' l' bruit à l'autr' côté de l' salle : c'était Léapold qu'arrivait. Alors y couriontent tous à s' rencontre en agitant des jambons, des schôles, des muskes de lapin et en criant vive l' roi...... Pendant qu'ils allaientent tous pou voir s' majesté, je chippai une grosse cassuele ous' qui avait un parté de foi de rats et je dis : Léapold étant en ce lieu,

Refrain

Léopold étant en ce lieu,
Était z'un très-bon-fieu
Tant qu'il régal'ra ma foi ;
Nous crirons : vive le Roi

Mais le roi s' lève et veut que l' fête,
Prenne une tournure plus honnête,
Pour bien tertous les amuser,
Il commence lui-même à sauter.
Les musiciens jouent l'ouverture,
Mais y dansions tous sans mesure,
Tous ces gaillards ont tant mangé ;
Qu'on croit les voir prêts à crever.

(parlé) Les youghes y z'étaient si tellement pleins, qu'y respiriontent comme une pàde à qui c' qu'on a soufflé l' venter en-dessous avec une pailletche. Y en avaient qui devenions rouche et puis tout blanche, et puis qui s' sauvions l' quadrille dihors en s'encourant envoye comme si l' bloed carouge était après leux trousses. C'était rien qu'une xoeter-galleken qui faisait s' neffet. Une heure après, tout l' bouiltche était malade ; on aurait dit, en voyant l' salle où se promenaient tout ces bleek schyters,qu'on était dans une chamber del gast-huys St-Jean, c'était vize, pour ça voir tous ces gaillards avec leur visage à trelles. Une languen spirine qu'avait des crampes d'estomac : disait comme ça à s' bergère qu'avait l'afgang : Triene Kabas, y m' vient une idée qui fait trembler mon jambe comme les veangnelkes qui sont sus les boomkens et commeles meyens, qui sont à notr' vitrine pendus quand passe l' procession del kermesse del lât : si l' roi avait une fois nous fait empoisonner..... Sapermillemente et moi qui chantait Léapold en ce lieu,

Refrain

Léopold étant en ce lieu,
Était z'un très-bon-fieu
Tant qu'il régal'ra ma foi ;
Nous crirons : vive le Roi

Y pleurions tous de misère,
Lorsque le roi comme un bon père,
Arriv' près d'eux, pou les guérirs ;
Au moment qu'ils croyaient mourir.
Il dit : conserver votre vie,
Employez l'homéropathie,
Celui qui s'étouffa d'indigestion,
Doit chiquer doubel protion.

(parlé) Après y les fait aller dans les garreries ous qu'y avait co un grand souper servi. Les ketjès qui pensiosn qu'y z'avaient tout emballé, en voyant ces gros plats qu'étions co sus les tabel, étions potferdeke si paf que des estatues en was. Mais l'odeurde chousels et cabernades les a subite remie et ys' mettons de nouveau à manger avec une vorupté étonnante. L' roi qui voyait qui z'allions casser les gelauze cor une fois, leux y dit : Vrintches on peut out chiquer, mais faut Godverhuylegeste steenweg pas faire del walebakkery ni dire des jugements, s'tu ça va poudoume pas avec. Là-dessus un grand secqu'avait l' air d'un bousterink, s' lève et répond franche comme l' gibé : Quoisque qu'on est des winkeliers on sait l' respect quoisqu'il faut aux madames et si jamais un d' not' clique ose godverdoume, tu s'ra pas faché d'êtr' venu allez, c'est moi qui le dit. A l' bain de n' hoerrelap ous qu'on va toujours, t'a qu'a demander si on a jamais l'à fait des floesques. - Un auter qu'avait le l' prins passer sé lève et crie : A la santé de les majestés, Si z'ont jamais soulier besoin ou des moucheques sus leux bottes, je m'en commande, j' el ferai à l' plus meyeur prix. La-d'sus y se mettions tous à rire, et Pitche bel œil co plus fort que les autres. T'est un bougre toi qui dit, l' farceur, t' feme s' porte bien ? - T'auras la croix. Et là-dessus y part. Alors y se mettions à crier : viv' l' roi, et l'orchestre qui joue l'air van God af men kind.
Après, moi j'suis s'en allé aussi en chantant.

Refrain

Léopold étant en ce lieu,
Était z'un très-bon-fieu
Tant qu'il régal'ra ma foi ;
Nous crirons : vive le Roi

Extrait du livre :
"Lyre Bruxelloise" et "Recueil de chansonnettes et romances"
publiés par Désiré Brismée
Imprimeur rue de la Chèvres 2 (bis)
Bruxelles
1846