Pourquoi la rue de Dinant ?

Mon épouse et moi sommes venus nous installer dans le quartier en 2008, après avoir acheté – sur plan – un duplex au rez-de-chaussée de l’immeuble « Les Remparts de Dinant », rue de Dinant. Notre idée était double : habiter dans le centre, pour redécouvrir les petits magasins, les cinémas, les musées … « at walking distance » d’une part, participer au renouveau d’un quartier historique d’autre part.

La moitié de nos amis disaient: "Vous êtes fous?". L'autre : "Veinards, vous pourrez aller à La Petite Fleur en Papier doré autant que vous voudrez ! ». Quelle petite fleur ? Nous ne la connaissions pas. Nous sommes donc allés y prendre un verre le jour où nous nous sommes décidés pour l'achat. C'était encore la version "avec 50 ans de nicotine sur le papier peint!"

Nous avions été attirés par le projet architectural original de ce « paquebot  en ville » présentant sur sa longue façade deux coursives menant aux « cabines » des étages supérieurs. Le site web du Promoteur affichait des créneaux et merlons que nous ne connaissions pas, magnifiquement restaurés côté rue de Villers  (côté cours de récréation de l’école de St Georges, c’est moins réussi !), après la démolition successive de toutes les maisons fin des années 50 jusque dans les années 70.

Toutes ? Non ! Car – pour paraphraser nos Ancêtres – une maison résiste encore et toujours à l’envahisseur : le 29 rue de Dinant (coin rue de Villers), superbe édifice bourgeois en style baroque du début du 18e siècle.

Histoire de la rue de Dinant

A l'origine, la rue n'était qu'une impasse reliant la place de la Vieille Halle aux Blés à l’enceinte, tout comme la rue de Villers (à l’époque, rue des Chats) ou la rue Val des Roses, dans la rue du Chêne.

Cette rue est la toute première voie rectiligne de Bruxelles, tracée au cordeau un an après le bombardement de la ville par Louis XIV. Contrastant avec les ruelles sinueuses du Moyen-âge, c’est le gouverneur-général Maximilien de Bavière, qui en posa la première pierre après avoir obtenu des subventions de Madrid pour la reconstruction de la ville. Elle fut donc très naturellement baptisée rue de Bavière. En 1918, les autorités décidèrent de bannir toute référence rappelant l'Allemagne des plaques de rues bruxelloises. Ignorant la signification historique réelle, on renomma la rue en honneur à Dinant, ville martyre durant la première guerre mondiale.

Une rue rectiligne, est-ce donc si surprenant ? A l’époque, oui, car cette rue n’est pas née le long d’un ruisseau, comme la rue de Rollebeek, elle n’eut pas à lutter contre la pente escarpée d’une montagne, comme la rue de l’Escalier qui gravissait en méandres la Montagne des Géants il y a quelques décennies encore.

Que reste-t-il de cette époque ?

Tracer une rue en ligne droite, et la faire déboucher sur une place rectangulaire, ornée de bâtiments de style baroque unifié fut la seule réalisation concrète du rêve de Maximilien de Bavière. Un grand projet naquit, dont le fondement ultime paraît être la volonté d’imposer l’emprise du pouvoir central sur la ville. Les conditions de vente des lots sont éloquentes : « De même, les acheteurs seront tenus de construire rapidement leur habitation, en suivant les modèles fournis par Sa Majesté ».

En dehors des rue et place de Bavière, il n’en fut presque rien. : « Cette reconstruction ‘douce’, au sens où elle préserve l’image familière de la cité dans laquelle les Bruxellois se reconnaissaient avant la catastrophe, va cependant intégrer à la ville des éléments et des fonctions entièrement nouveaux. Un premier grand théâtre d’opéra (le futur Théâtre de la Monnaie) ainsi qu’un petit ensemble comprenant un rue, une place, un marché et une nouvelle boucherie sont créées ex nihilo à la périphérie de la zone bombardée, où la densité des constructions était moindre ». 

Rue et Place de Bavière

La rue de Bavière fut donc tracée d’une pièce, en 1696, au travers d’une grande maison (Het Gulden Hooft – La Tête d’Or). Et prolongée jusqu’à la rue des Alexiens, en abattant un large pan de la Première Enceinte, créant ainsi la Place de Bavière. Voici comment elle était décrite à la fin de la Grande Guerre : « La rue de Bavière est bordée de belles maisons à pilastres, pour la plupart fort délabrées. Sur la place de Bavière s’élevaient deux édifices qui en faisaient la beauté, la Boucherie et la Maison du Serment Saint-Georges ». Ce dernier était un groupe de 7 maisons de rapport édifiées sur le jardin de l’ancien Serment des Arbalétriers ; sa façade rappelait – en moins solennel, mais avec classe – celle de la Maison des Ducs de Brabant sur la Grand-Place. 

Quelques photographies datant de la 2e guerre mondiale témoignent encore de ce fut ce quartier avant que la pioche des démolisseurs ne transforme la rue de Dinant en un parking sauvage, à ciel ouvert, probablement apprécié par les quelques restaurateurs de la place de la Vieille Halle au Blé, qui vit ses vieux épis se redresser dans les années 80-90, ou des employés de l’ONEM-RVA.

La restauration de la vie dans le quartier s’est achevée lors de la pose de la Première Pierre, en août 2006, de l’immeuble « les Remparts de Dinant ». [Photo JJD], après une campagne de fouilles méthodique du côté Sud de la rue.

Vous avez dit « Surréaliste » ?                                              

Jean-Jacques DE GHEYNDT

Rue de Villers, aujourd'hui

La tour de Villers, restaurée avec grand soin, se détachait sur le ciel. La Maison de repos du CPAS de la rue des Alexiens a été autorisée à ajouter des étages à son bâtiment. Voilà le résultat ! Comment la Commission des Monuments et Sites a pu tolérer cela en concertation ? Un paysage urbain définitivement détruit. Pour nombre d’habitants, ce sont les toits qui constituent leur paysage quotidien. Il est à sauvegarder.

Après le bâtiment de Lilly autorisé à rajouter des étages rue de l'Etuve et Cesar Depaepe autorisé à encore augmenter son énorme gabarit, on voit pointer des excroissances sur le bâtiment du syndicat place Fontainas et sur le chantier au 21 rue du Chêne. Bruxelles manque de logement, mais est-ce dans le coeur historique qu'il faut encore rehausser des mastodontes qui dénaturent le tissu urbain ?